Yvonne de Divonne

Un vrai thriller mêlant actualité et un style roman noir année cinquante à la française. Il y a du rythme, de l’humour, du suspense. Tout pour un excellent moment de lecture.

Extrait

Double JE, c’est l’histoire de deux frères jumeaux, Nestor et Marc Tredennis, qui se racontent à la première personne du singulier.

Marc profite de la troublante ressemblance physique avec son frère pour le faire accuser d’un crime qu’il a commis. Pressentis pour assurer la défense de Nestor, l’avocate Laurence Friedman et son ami Georges Langsamer finissent par lever le voile sur un vaste complot de dimension planétaire.



Une nouvelle enquête de l’ex-commissaire Langsamer, personnage fétiche de Jean-François Pré, qui nous emmène sur les sentiers brûlants d’une actualité tragique

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Martin regarde fixement sa troisième pinte de bière. Comme une boule de cristal. Mais il n’y voit aucun avenir. Juste des tourbillons de mousse noirâtre.

Claude Martin a une face de crane vaudou dans un rituel du baron Samedi. Le genre de tronche qui ne respire pas la joie de vivre. Comme à la fin d’un film médiocre qu’on a hâte de voir s’achever, il a résolu de quitter la salle obscure de sa vie, sans attendre le mot FIN.

Ou plutôt… en l’écrivant lui-même.

Les yeux collés aux émulsions du liquide sombre, il se laisse gagner par une sensation de vide, proche de la léthargie. Il voudrait glisser vers cette lumière blanche en laquelle il préfigure la fin absolue, puis se volatiliser comme un gaz au contact de l’air.

Des éclats de voix le ramènent à la vie. Un homme robuste entre dans le pub, accompagné d’une petite blonde décolorée. Il est vêtu d’un trench et d’un chapeau mou. L’homme a une forte mâchoire et donne de la voix. A ses manières familières, on reconnaît un habitué. Les yeux de Martin se détournent momentanément de sa bière. L’homme disparaît dans la salle de restaurant, la blonde trottinant derrière lui.

Claude Martin est assis à la terrasse d’un pub irlandais sur les grands boulevards. Ils sont plusieurs à la suite, il n’en a choisi aucun. Il s’est assis au hasard, sous une lampe chauffante. Cette nuit de Noël est douce, mais pas comme dans la chanson (« Ô douce nuit… »). Dans le sens où la température anormalement élevée induit humidité et saleté. La réverbération de la vie mécanique sur la crasse luisante. On est loin de la carte postale où les rues enneigées font briller les yeux des enfants comme des lampions.

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