RAYMOND CHANDLER

Ecrivain américano-britannique, né le 23 juillet1888 à Chicago (USA) et décédé en mars 1959. 

Le moins qu'on puisse dire, c'est que Raymond (Ray) Chandler a eu une vie aussi trépidante que ses personnages. "Big Ray", comme l'appelle James Ellroy, n'a pas eu un départ des plus faciles, dans la vie. Son père, Maurice-Benjamin, alcoolique notoire, abandonne sa famille très tôt. Sa mère, d'origine irlandaise, prend le taureau par les cornes. Elle revient aux sources et se rapproche de la patrie de ses parents. Afin que son fils ait la meilleure éducation possible, elle s'installe dans la banlieue sud de Londres. Au sein d'une grande ville aujourd'hui connue sous le nom de Croydon. Etudiant à Dullwitch College, le jeune Raymond marche sur les traces d'un auteur qui deviendra, lui aussi, célèbre... mais dans un autre genre : P.G. Wodehouse, le père de "Jeeves", caricature du majordome anglais. Ray Chandler ne poursuit pas d'études supérieures mais il voyage afin de parfaire sa connaissance de quelques langues étrangères. On le voit notamment à Paris et à Munich. En 1907, il acquiert la nationalité britannique. Il devient alors journaliste au Daily Express et à la Western Gazette. Une petite signature qui ne marquera pas son passage par la qualité de sa plume. Il ne trouve pas sa place en Angleterre et songe à revenir aux "States". Pour ce faire, il sollicite un emprunt à son oncle et embarque pour la Côte ouest. Nous sommes en 1912. Il va vivre de petits boulots puis trouvera un emploi stable dans une crèmerie de Los Angeles. Dans les années 30, on le retrouve au service d'une grande compagnie pétrolière : le Dabney Oil Syndicate. Mais la grande dépression passe par là et comme Ray est devenu alcoolique (hérédité ?), il se fait licencier en 1932. Absences répétées, addiction à l'alcool et vie privée chaotique ont eu raison de la patience de ses employeurs.

C'est à partir de là qu'il se met à écrire. Le succès sera fulgurant. Raymond Chandler n'écrira que 8 romans (en vérité 7,5 car le dernier sera achevé par Robert Parker) dont trois sont considérés comme des chefs d'oeuvre : "Farewell my lovely" (1940), "The little sister" (1949), chroniqué ci-contre, et "The long goodbye" (1953). Sur ses 8 romans, 6 seront adaptés au cinéma. Sous les traits d'Humphrey Bogard, son enquêteur réccurrent, Philip Marlowe, devient un détective privé de légende, comme le Sam Spade de Dashiel Hammet. 

Après un suicide manqué, Raymond Chandler décède en 1959 d'une pneumonie, probablement due à une surconsommation d'alcool. 

     Un chef d'oeuvre de                 littérature noire.

Dans "The little sister", ce n'est pas l'intrigue qui prime. Ce sont les personnages, l'ambiance, la narration.

Non que l'intrigue ne soit pas interressante - loin de moi cette pensée - mais on est pris aux tripes par cette atmosphère tellement particulière que le fil de l'histoire passe au degré inférieur. 

En tête de tous les personnages, il y a évidemment Philip Marlowe : une légende du roman noir. La personnification du "privé", telle que l'imagerie populaire se l'est appropriée. A telle enseigne que, dans la littérature noire contemporaine, il n'y a pratiquement plus de "privés". Marlowe les a tous écrasés ! Aidé, il faut le dire, par le Sam Spade de Hammet. Philip Marlowe est un beau gosse, nonchalant et cynique, à l'humour ravageur, qui n'attend rien de la vie et de l'espèce humaine. Il se contrefout de la réussite sociale qu'il regarde avec condescendance... si ce n'est du mépris. Il vit seul et revendique une totale indépendance... si ce n'est sa dépendance à l'alcool ; le seule. On imagine que l'auteur n'est pas très loin derrière. Aujourd'hui encore, quand on pense à un détective privé, l'image de Marlowe est derrière. Impossible d'arracher l'étiquette. Chandler l'a estampillé de son sceau ! 

Que dire des autres personnages du roman ? Comme on peut s'en douter, les femmes sont toutes de jolies fleurs vénéneuses. Sauf peut-être la petite soeur éponyme qui ne semble pas très jolie... mais encore plus vénéneuse que les autres ! Les flics sont tels qu'on les retrouve dans les romans d'Ellroy (disciple du maître) : au mieux de grosses brutes. Au pire, corrompus jusqu'à la moëlle. Avec quelques exceptions, tout de même. Une petite rayure grise dans le ciel anthracite. 

L'ambiance est extraordinaire. On visualise la Californie des années 50. Ses hôtels minables, ses résidences d'un luxe surrané, le paradis du dieu Paraître ! Chandler nous offre une plongée dans le monde du showbizz avec des actrices et agents d'actrices qui, à eux seuls, feraient un roman. Et puis, il y a l'inévitable gangster qui, loin d'être une bête sanguinaire, est plutôt distingué ; ça va lui coûter la vie. 

Je terminerai sur la narration et les dialogues. Un délice de fin gourmet. Surtout, les dialogues. Un régal ! Cela fait malheureusement ressortir la pauvreté de certains textes contemporains.... Si vous pouvez, lisez-le en Anglais. Vous allez vous régaler.

"The little sister" (Penguin), de Raymond Chandler.                                                  Ma note : 19/20.